SUD-OUEST

À Bordeaux, pour le cinquantième anniversaire de Juin 1940

par Annette Briere .Sud-Ouest du 10 juin 1990

Combien a-t-il sauvé de vies ?: 30.000?... 50.000?.. sans doute ne le saura-t-on jamais. Il ne reste aucune trace de ces documents tamponnés à la hâte sur un coin de table, sur un trottoir d'Hendaye ou dans les locaux du Consulat du Portugal à Bordeaux pendant cette periode tragique des mois de juin et juillet 1940.On connait maintenant un peu mieux le rôle capital joué par Mr. Aristides de Sousa Mendes, Consul du Portugal à Bordeaux entre 1938 et 1940.

UN COMITÉ INTERNATIONAL Récemment son fils John Paul Abranches, résidant en Californie; sa fille Mme Marie-Rose Faure, habitant dans la région paloise; son petit-fils Alvaro de Sousa Mendes et Mr. Jacobvitz étaient à Bordeaux pour une visite ressemblant à un pelerinage. Ses enfants soutenus par le Comité International pour la réhabilitation et la mémoire du Dr. Sousa Mendes, veulent faire connaitre son action en faveur de milliers d'étrangers, dont les juifs, fuyant l'Allemagne nazie, la Hollande, la Belgique: "Mon père a sauvé des milliers de gens, qu'ils soient catholiques, protestants, juifs raconte son fils qui habita lui aussi Bordeaux avant la guerre.

En leur donnant des visas pour aller au Portugal, il leur a permis de se rendre aux États-Unis, au Canada, en Espagne, en Israël, ce qui explique que mon père soit bien mieux connu en Israël qu'en France.C'est des États-Unis qu'est partie l'idée de ce Comitè, qui s'est employé à rechercher des traces de l'action du Dr.Sousa Mendes. Réhabilité, il y a un an et demi seulement au Portugal. Le Président Soares a récemment reçu les membres du Comité présidé par son fils John Paul Abranches.

UN GESTE SYMBOLIQUE

En venant à Bordeaux M.Abranches, Mme Faure, sa demi-soeur, le Capitaine de Sousa Mendes veulent élargir le Comité international à la ville et à la France:"la ville de Bordeaux se doit de faire un geste symboliquerappelant l'action de mon père, dit Mr.Abranches, peut être en donnant son nom à une rue et en incitant les historiens à faire des travaux sur lui.

La France n'est pas à l'abri des vieux démons qui se reveillent. Que la communauté portugaise soit une force et une dynamique dans cette lutte pour la démocratie et les valeurs humaines! Reçus au Centre Jean Moulin, les parents et les amis de l'ancien consul courageux, ont pu visiter les locaux de l'ancien consulat où ont été établis les visas salvateurs, puis ils ont été reçus à la Mairie, en présence de représentants des communautés juives et portugaises. Mr. Manuel Dias, le Président du Comité national pour Bordeaux, est bien décidé d' obtenir des autorités que la mémoire du Consul De Sousa Mendes ne passe pas dans les oubliettes de l'histoire. ( Tout au long des étapes de la réhabilitation, "SUD OUEST" a fidèlement rendu compte et surtout, lors de la présentation du film de Diana Andringa et l'inauguration du buste et de la plaque sur l'ancien consulat au Quai Louis XVIII, entre les 26 et 28 mai 1994, textes et photos à cette date sur le chapitre "Réhabilitation".

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à la veille du procés de Maurice Papon

Le consul rebelle Sud-Ouest du 27 Septembre 1997

Le 17 juin 1940, le consul du Portugal à Bordeaux, Aristides de Sousa Mendes do Abranches, éreinté par trois jours et trois nuits de fièvre, décide qu'il ne peut plus rester simple spectateur de la tragédie qui se déroule sous ses fenêtres, Quai Louis XVIII. Des milliers de réfugiés s'entassent dans les rues, sans pouvoir se restaurer ni se laver. Beaucoup font le siège des consulats, à la recherche d'un visa pour fuir un pays sur lequel s'étendent peu à peu la nuit et le brouillard du nazisme.

Aristocrate et catholique pratiquant, hostile à la dictature de Salazar et bravant le voeu de neutralité de son pays, le consul demande qu'on lui apporte un stylo, des timbres et des cachets.

A tour de bras, il va délivrer des visas, par centaines, voire par milliers et ordonne au vice-consul de Bayonne d'agir comme lui. Les bénéficiaires, sans distinction de race ou de religion, transiteront par le Portugal et émigreront vers les Etats-Unis, le Canada ou Israel. La rébellion du consul ne dure que cinq jours. Alerté par l'Ambassadeur du Portugal à Madrid qui estime que ces visas "font entrer au Portugal une foule ignoble et en grande partie indésirable", le gouvernement rappelle Aristides de Sousa Mendes à Lisbonne et l'assigne à résidence.

Le Consul ne retrouvera jamais d'emploi, pas même à la fin de la guerre. Et c'est un homme toujours proscrit qui meurt dans la misère à l'Hopital du tiers ordre de Lisbonne, le 3 avril 1954. Il faudra attendre 1988 pour que, grâce à l'action des enfants du consul et d'un Comité International pour la réhabilitation et la mémoire d'Aristides de Sousa Mendes, le Président portugais Mario Soares rende enfin justice à cet homme qui paya de quatorze ans d'oubli et de dénuement cinq jours d'héroïsme (L'article n'est pas signé).