POURQUOI PAS ?

Le premier article en français a paru au lendemain de sa mort, dans un journal du Congo belge.

UN GRAND AMI DE LA BELGIQUE EST MORT
(extrait du " POURQUOI PAS" 26/04/1954)

LEOPOLDVILLE (CONGO BELGE) Au début de ce mois, âgé de 69 ans, s'est éteint à Lisbonne, le Docteur Aristide de Sousa Mendes do Amaral e Abranches . En 1909 il avait commencé une carrière consulaire, qui devait le conduire, entre autres, à Georgetown, Zanzibar, San Francisco, Vigo. En 1929 Il était nommé Consul Général de Portugal à Anvers.Pendant les nombreuses années qu'il passa dans notre pays il s'était acquis les plus solides amitiés, aussi bien dans les milieux du commerce et de l'industrie que dans ceux des sciences et des arts.

Il contribua dans une grande mesure à l'épanouissement de relations harmonieuses et amicales entre la Belgique et le Portugal. Les nombreux Belges qui le connurent à cette époque n'oublieront jamais son amabilité légendaire, sa bonté, cette bonté qui devait bientôt le conduire à sa destinée.

Consul Général de Bordeaux depuis 1938, il voit déferler dans ses bureaux au moment de l'effondrement de la France, une véritable marée humaine. Traqués de toutes parts, un monde perdu, affolé, cherche à échapper aux camps de concentration nazis, et à la mort. La vie de milliers de gens est entre les mains du Consul Général. L'Espagne n'accorde le transit qu'aux personnes munies du visa portugais. Aristides de Sousa Mendes n'hésite pas un instant. Il va poser un acte dont il n' ignore pas les conséquences. Il ne met pas dans la balance ses intérêts personnels, les besoins de sa famille - il est père de 14 enfants - il écoute simplement son coeur. Et il s'installe au consulat où jour et nuit, sans discontinuer, épuisé de fatigue, dans une atmosphère d'angoisse, de bagarre (on se bat pour atteindre son bureau, on se bousucle, même devant lui) et jusqu'au dernier moment, il examine les passeports, appose son cachet et son visa, et sauve des hommes, des femmes, des enfants et parmi eux, beaucoup de Belges. Mais lui, il se perd. Bien sûr, des visas donnés comme cela en hâte, ne sont pas tout à fait réguliers. Et quand aorès l'armistice français, il arrive à Lisbonne, la mise en disponibilité l'attend Sa longue et féconde carrière est brisée.

Tous ceux qui l'ont connu à Anvers ou à Bordeaux, mais surtout ceux de Bordeauxe, ressentiront profondément la disparition de cet homme généreux. Dans leur coeur impérissable souvenir restera gravé pour toujours. ("POURQUOI PAS" du 26/04/1954).

"...car, se faisant, nous ne ferons
rien d'autre que pratiquer
les commandements de Dieu".