Nous y ajoutons cet article de presse, un parmi d'autres !
( à titre de rappel des premiers articles de presse aux EUA)
:

"National Jewish Monthly"
Juillet -Août 1961

IL A SAUVÉ 10.000 JUIFS -

Pendant longtemps, de nouveaux récits encourageants d’héroïsme pendant la Seconde Guerre Mondiale vont sans doute continuer à paraître, comme elles le font depuis la fin du conflit. La dernière concerne un Chrétien qui a défié les ordres de son gouvernement pour pouvoir sauver les vies de plus de 10 000 réfugiés juifs.

Il s’appelait Aristide Sousa Mendes. En 1940 il était consul général de Portugal à Bordeaux, en France. Cinq cents ans plus tôt, ses ancêtres avaient été convertis de force au catholicisme - et bien que beaucoup de leurs descendants fussent restés juifs en secret - Marranes, M. Mendes lui-même était Catholique.Mais il prenait son christianisme au sérieux. Quand la France est tombée sous la coupe des Nazis en 1940, les juifs français et des réfugiés juifs de toutes les parties d’Europe vivant en France étaient piégés. Les bâtiments de guerre anglais écumaient la Méditerranée, empêchant les Juifs de gagner la Palestine. Les frontières françaises del’Est, vers la Suisse et l’Italie, étaient closes.

L’armée allemande occupait tout le Nord de la France. L’Espagne était fermée aux réfugiés. Il était évident que bientôt toute la France serait occupée par les Allemands, et que tous les Juifs qui y seraient pris seraient expédiés en Pologne, vers les camps de la mort. Dans leur désespoir, des milliers de gens ont afflué à Bordeaux, espérant vaguement qu’on leur permettrait de traverser l’Espagne vers le Portugal, et de partir de là vers l’Angleterre, l’Amérique Latine, les Etats-Unis, n’importe quel pays qui voudrait bien les abriter. Arrivés à Bordeaux, ils ont assiégé le Consulat général de Portugal pour avoir des visas. Leur dernier espoir de vivre sembla s’éteindre quand ils apprirent que le gouvernement portugais avait ordonné aux consuls de ne donner aucun visa aux Juifs, et d'ailleurs aucun visa à quelque réfugié que ce soit, à l’exception de ceux qui pouvaient justifier d’une résidence au Portugal.

C'est alors que M. Mendes est sorti de son bureau pour accueillir une délégation de réfugiés dans le hall d’entrée. Ses yeux étaient cerclés de fatigue et ses cheveux étaient en peu de temps devenus presque blancs. Près de lui se tenait sa femme. “J'ai actuellement le moyen, déclara-t-il, de sauver les milliers de personnes qui sont venues ici de toute l’Europe dans l’espoir de trouver un asile au Portugal. Ils sont tous des êtres humains, et leur station dans la vie, leur religion ou leur couleur, nous sont totalement indifférentes. En outre, les clauses de la constitution de mon pays, relatives à des cas semblables à ceux que nous avons ici, déclarent qu’en aucune circonstance la religion ou la croyance politique d’un étranger ne doit faire obstacle à ce qu’il cherche refuge au Portugal. Je suis chrétien, et en tant que tel que crois que je ne dois pas laisser périr ces réfugiés.

“Je sais que Madame Mendes partage entièrement mon point de vue, et je suis certain que mes enfants comprendront, et ne me feront aucun reproche si, en donnant un visa à tous les réfugiés sans distinction, je suis demain relevé de mes fonctions, pour avoir agi contre des ordres que j’estime vils et injustes.

Là-dessus, il dit aux gens qui étaient dans le hall de sortir et de faire savoir au dehors qu’il fournirait des visas portugais, gratuitement, à tous ceux qui en auraient besoin. Cela créa une grande sensation, et 10 000 Juifs firent immédiatement la queue pour obtenir les précieux papiers. Avec l’aide de deux de ses fils, le Dr Pedro Nuno et José Antonio Sousa, le Dr Mendes a travaillé pendant trois jours à l’établissement des visas. Il s’évanouit quand la tâche fut achevée, mais reprit conscience à temps pour faire face à deux émissaires furieux du gouvernement portugais, qui lui ordonnèrent de les accompagner à Lisbonne pour avoir désobéi aux ordres. Ils le conduisirent à leur voiture, mais le travail sacrificiel du Dr Mendes n’était pas encore achevé.

A Bayonne, quelques heures plus tard, ils virent une autre foule de réfugiés devant le consulat portugais. C’était Bordeaux qui recommençait. En dépit de la présence des émissaires de Lisbonne, le Dr Mendes entra dans le bureau du vice-consul et lui ordonna de donner des visas à tous ceux qui en demandaient. Quand le vice-consul lui rappela les ordres contraires du gouvernement, le Dr Mendes, étant son supérieur, lui donna l’ordre de le faire, et lui demanda ce qu’il éprouverait si lui-même et sa famille étaient à la place des réfugiés. Même les émissaires de Lisbonne furent impressionnés, et n’empêchèrent pas le Dr Mendes lui-même d’établir des visas de fortune (les premiers de leur espèce) dont le texte était le suivant: “Le Gouvernement portugais requiert du Gouvernement espagnol la faveur de laissez-passer librement le porteur à travers le territoire espagnol. Cette personne est réfugiée de la zone des conflits en Europe, et se rend au Portugal”. Le cachet du consulat fut imposé sur chacun de ces visas. Le jour suivant, quand tous les réfugiés eurent été servis, le Dr Mendes dit aux émissaires qu’il était prêt à repartir avec eux. Ils atteignirent Hendaye, à la frontière espagnole, tard dans la nuit, et trouvèrent là une grande foule de réfugiés - des gens à qui le Dr Mendes ,avait délivré des visas, et beaucoup d’autres. Mais la frontière espagnole était fermée. Le Dr Mendes alla vers les réfugiés, concentrés sur une grande place de la ville, et leur dit tranquillement: “Ne posez pas de questions. Suivez-moi seulement.”

Il avait correctement deviné que le gouvernement espagnol avait présumé que tous les réfugiés allaient se concentrer à Hendaye, et ordonné la fermeture hermétique de la frontière, mais qu’il avait négligé de transmettre l’ordre aux autres points de passage. Il conduisit les réfugiés au prochain poste frontière, présenta ses papiers aux gardes, et dit qu’il avait autorisé tous les réfugiés qui l’accompagnaient à se rendre au Portugal. Alors on les laissa passer.

Mais dès son arrivée au Portugal, il fut sévèrement réprimandé pour ses actes, et révoqué. Tombé dans la pauvreté, la santé brisée, il est mort voici quelques années. Au total, il avait sauvé les vies de plus de 10.000 Juifs terrorisés qui avaient fui les Nazis. Cette année, en hommage à un vrai Chrétien, le gouvernement d’Israël a planté des arbres à sa mémoire dans la Forêt des Martyrs.

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Ces lettres se trouvent, comme les deux précédentes, dans la deuxième partie de l’ouvrage de Sébastien "Documents",dans sa 2ème édition de 1968. Ce petit livre a été traduit en français et a été publié avec les deux précédents par le Comité National A. Sousa Mendes ( 14 rue Journu Aubert - 33300 Bordeaux).