Aristides de Sousa Mendes

L'HISTOIRE en débat !..

Juin 1940 ...c'était hier !

Mais cette histoire puise sa source dans des TÉMOIGNAGES et des documents...

Ces témognages sont faits de souvenirs...et parfois ils diffèrent sur des points jugés importants pour les uns, secondaires pour d'autres...! Il nous parait honnête de chercher à savoir ce qui s'est passé réellement, ce qui fut dit... et les raisons qui expliquent certaines divergences.

1 - Dans quelles conditions Sousa Mendes a-t il quitté Bordeaux
2 - Ce catholique Hitler !
3 - O Schindler português 
4 - La Tragédie Juive en France

1 Dans quelles conditions Sousa Mendes a-t-il quitté Bordeaux en Juin ou Juillet 1940 ?

Si nous en croyons la BD rédigée et dessinée avec talent par Jocelyn Gilles en 1994, Salazar envoya deux fonctionnaires à Bordeaux chercher ce Consul désobéissant. Ils sont chargés de le ramener à Lisbonne ... Aprés l'avoir invité à les suivre, lui et les membres de sa famille "pour sa sécurité et celle des siens". Sousa Mendes proteste vigoureusement, mais finalement se sent obligé à les suivre. Arrivés à Bayonne, le Consul demande à ces Messieurs l'atorisation de s'arréter, pour lui permettre d'aller au consulat, où se trouve rassemblée une grande foule de réfugiés. Là il reprend son travail en multipliant les visas...et il n'est plus question des fonctionnaires, chargés de le ramener à Lisbonne..!.encore moins lorsque les douaniers espagnols d'Hendaye ont reçus des ordres pour refuser le passage de la frontière à ceux qui ont un visa de Sousa Mendes... et que ce dernier leur demande de le suivre pour un autre lieu de passage, dépourvu de téléphone et auquel les ordres de Madrid ne sont certainement pas parvenus.

Mais sur ce point le témoignages de Pedro Nuno du 25 janvier 2005, est trés clair :

La question de Maria Vitorino:
Quand la PIDE est arrivée à Bordeaux, vos parents étaient déjà en route vers Bayonne?
Il est bon en effet que l'on sache que mon père n'a pas fui la PIDE, mais qu'en allant à Bayonne, il espérait délivrer davantage de visas. À Bordeaux il n'était déjà plus possible de vivre, à cause de cela, il partit dans la direction de la frontière, pour sauver davantage de personnes. Il donna des visas partout oû il y avait des réfugiés. En route, dans les rues, dans les cafés, etc...

Et vous, vous êtes resté à Bordeaux ?
Non. je suis parti en auto avec un couple belge. Mon père me conseilla de rentrer. C'était dangereux de rester.

. Quand vous fut-il possible de revoir votre père?
Curieusement, à mi-chemin, presque au moment d'arriver à la frontière. Nous étions en train de faire le plein d'essence, et qu'est ce que je vois, de l'autre côté de la rue ? Mon père.! Il fut saisi d'émotion. Nous n'avons pas parlé, mais nous nous sommes dits bien des choses à travers ce silence....

Mais Jocelyn Gille a rédigé sa BD à partir des documents que nous lui avions communiqués, en particulier l'article de Gérard Claek, publié dans le "Reader Digest"de décembre 1988 (date de l'édition française). Ce texte venait d'Amérique où l'action conjointe de Sébastien, Joana et João Paulo, avait évéillé l'attention de Yad Vashem qui venait de rendre hommage à leur père, et peu aprés aux différents États d'Amérique, et un peu plus tard au Portugal .

Ce texte du"Reader Digest" s'inspirait pour l'essentiel ?..du petit livre de Sébastien (2). Publié en 1951, repris par Joana en 1968, qui ajouta au texte romancé de Sébastien la copie d'une quinzaine de lettres qu'elle avait sollicitée et reçue d'un certain nombre de personnalités, dont le nom était resté gravé dans sa mémoire. Ils avaient été sauvés par son père. Ce petit livre fut le premier document écrit à être diffusé. Il permit la réhabilitation.


-
Les deux fonctionnaires expliquent au Consul qu'il faut
partir à Lisbonne...pour sa sécurité et celle de sa famille .!.

On peut être surpris de ce que Pedro Nuno, le seul véritable témoin ait attendu cet intervew du 25 janvier 2005, pour dire ce qui s'était réellement passé. En effet Sébastien, comme tous ses autres frères et sœurs étaient au Potugal en juin 1940. Ce n'est qu'à son retour d'Allemagne, à Noêl 1945, aprés la victoire, (puisqu'il s'était engagé dans l'armée américaine), qu'il entreprit
d'interroger les uns et les autres, bien décidé à rassembler tout ce qui lui avait été dit pour écrire l'histoire de son père : "Flight trough Hell".

Le résultat était atteint, hommage avait été rendu à son père, à quoi bon intervenir pour dire que les choses ne s'étaient pas passées exactement de cette manière..! Il leur était trop reconnaissant d'avoir obtenu la réhabilitation de leur père.

Pour être fidèle à l'histoire, nous avions tout dabord supprimé cette image de la BD et modifié quelques autres, mais une BD n'a pas la prétention de se substituer à l'histoire.!

En effet, s'il est vrai que Salazar ait envoyé à Bordeaux, deux de ses fonctionnaires chercher Sousa Mendes,"en limousine"..! et mettre fin ainsi à cette distribution abusive de visas... S'ils sont venus au consulat, ils n'ont pas insisté, voyant bien que les réfugiés ne le laisseraient pas partir...
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(1) - Le "Reader Digest", fut l'un des premiers documents en notre possession à Bordeaux. C'est à partir de ce document que Jocelyn Gille dessina et rédigea sa BD. Le "R.D."disait :"Comme on pouvait s'y attendre le gouvernement portugais réagit: Il envoya une limousine et deux fonctionnaires à Bordeaux, pour rapatrier d'urgence l'insoumis et sa famille, prétextant que le ministère des affaires étrangères craignait pour la sécurité du Consul, dans ce pays en proie au désordre. La famille Mendes dut partir via l'Espagne. en traversant Bayonne, Mendes vit une foule massée aux portes du consulat portugais. il fit arrêter la voiture et demanda des explications au Vice-Consul. Celui-ci se réfugia derrière les instriuctions du gouvernement. Mendes répliqua: "Je n'ai pas été démis de mes fonctions, je suis toujours votre supérieur." et il délivra des visas estampillés avec le sceau du vice-consul aux juifs qui l'attendaient à l'extérieur du consulat...

(2) - Et la version de Sébastien dans l'article qu'il publia en 1954 est assez différente: "Quelques jours plus tard, l’Ambassadeur du Portugal à Madrid, agissant sur les ordres du gouvernement de Lisbonne, vint à Bordeaux et somma le Docteur Mendes de le suivre à Lisbonne, pour rendre compte de son attitude à son gouvernement. Toutefois, en voyant que les réfugiés qui restaient encore à Bordeaux ne laisseraient pas partir le Docteur Mendes, les deux hommes durent s’éclipser furtivement"..!

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2 Ce catholique : HITLER ?

Une expression qui peut surprendre et qui mérite recherche.

Selon Rui Afonso, et Flucher-Monteiro, ( Le Monde du 18/08/05)" Aristides de Sousa aurait déclaré au Rabbin Kruger, : "Si des milliers de juifs peuvent souffrir à cause d'un catholique [Hitler] ... il est certainement permis à un catholique de souffrir pour tant de juifs'...
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... Aristides Sousa Mendes aurait-il pu faire une telle déclaration au Rabbin Kruger.?.. Selon Rui Afonso , la scène se serait passée au Parc Édouard VII à Lisbonne, en 1941, sa désobéissance a valu à Sousa Mendes un chatiment exemplaire, il se retrouve sans ressources, ses enfants sont pratiquement mis en demeure de quitter le Portugal, pour pouvoir trouver un emploi, ou avoir la possibilité de continuer leurs études... Le Rabbin lui exprime sa reconnaissance:..d'où la réponse que Sousa Mendes lui aurait faite.

"Si des milliers de juifs peuvent souffrir à cause d'un catholique [Hitler] , il est certainement permis à un catholique de souffrir pour tant de juifs'. "Je ne pouvais pas agir différemment et par conséquent j'accepte avec amour tout ce qui m'est arrivé"

Mais selon Rui Afonso, c'est le Rabbin Kruger qui rapporte cette déclaration. Si j'ai pu en être choqué, sur le moment, j'ai pensé tout d'abord que, pour ce Rabbin, il y avait les juifs, son univers à lui, et l'univers des chrétiens, "les Catholiques"...Hitler n'étant pas juif, appartenait donc à cet univers, celui des catholiques dont faisait partie Sousa Mendes, qui lui n'était pas juif..! Par ailleurs Rui Afonso donne des références qui paraissent sérieuses: Dans sa note 11, de cette page 262, il nous renvoie à la lettre de Kruger, envoyée à Yad Vashem.  À la page 345, il précise: ":lettre à Yad Vasehm, en hébreu, 23 Iyar 5727 2 Juin 1967]". Ne connaissant pas l'hébreu j'en suis resté là. Par ailleurs cette citation du Rabbin Kruger est précédée d'une remarque qui souligne le climat de confiance et d'amitié entre les deux hommes:

"Malgrè des croyances différentes, Kruger et Sousa Mendes étaient d'accord sur bien des points...Selon Kruger, "Sousa Mendes acceptait ce qui lui était arrivé avec humilité chrétienne"..

Mais autre chose, ce qu'a pu dire le Rabbin Kruger, lors de son témoignage paroles entendues vingt ans plus tôt...et les propos réellement tenus par A.Sousa Mendes en ces circonstances..! Comment oser écrire, à partir de ce "témoignage souvenir" du Rabbin Kruger, que Sousa Mendes aurait dit :."Si autant de juifs, peuvent souffrir au nom d'un catholique, Hitler, il n'y a rien de choquant à ce qu'un autre catholique souffre pour tant de juifs".(1)..Mais cette phrase fait choc..! et c'est elle que vingt ans plus tard les journalistes portugais vont s'employer à diffuser... et à vouloir faire passer dans l'Histoire :"Ce catholique Hitler" !

Mais ces propos attribués à Sousa Mendes, par le Rabbin Kruger, ne sont formulés que depuis la parution de "O HOMEM BOM" en juin 1995.
Depuis la parution de ce livre elle a été reprise quelque temps par la presse portugaise, en particulier par le "Museu da Republica e da Resistencia", qui ne pouvait faire une manifestation d'hommage sans la citer ...un peu comme s'il s'agissait là, du "message de Sousa Mendes aux hommes de notre temps"...Sousa Mendes un catholique qui était avant tout un grand humaniste, Hitler, un catholique, mais un démon ?...

José Alain Fralon, à son tour, guidé par le journaliste portugais Flucher-Monteiro la cite dans son article du Monde du 31-10-1997. Enfin Rui Afonso, devant le succés de cette qualification, la reprend à son compte dans la "Revue d'Histoire de la Shoa"(Janvier-Avril 1999). Il en fait même la conclusion de son article de 22 pages.

Une telle insistance nous interroge, alors que le plus ancien site portugais consacré à Sousa Mendes n'a pas changé pour autant sa formulation première, et que la plupart des sites portugais n'utilisent plus la dite formule:

"Rabi, se tantos judeus sofrem por causa de um demónio não-judeu, também um cristão pode sofrer com o sofrimento de tantos judeus",

"Rabbi si tant de Juifs souffrent à cause d'un démon qui n'était pas juif, il est normal qu'un chrétien puisse souffrir ce que tant de juifs ont souffert"

http://www.vidaslusofonas.pt/sousa_mendes.htm

Si vous interrogez le responsable das "Vidas Lusofonas" il vous dira qu'il l'a trouvée citée sur le site brésilien "Marcha da Vida", citation reprise par tous les sites de la Communauté Juive brésiliens, en 2005, à l'occasion des 60 ans de la libération des Camps Birkenau /Aushwitz, pour rappeler l'histoire de ce Juste avec le témoignage du Rabbin Kruger : Hitler, ce démon qui n'était pas juif !

http://perso.wanadoo.fr/d-d.natanson/aristides_de_souza.htm

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Ces deux versions aussi différentes nous posent deux questions qui nous renvoient à ce que l'histoire et la presse de l'époque nous disaient d' Hitler:

Hitler le catholique - Sur quelles bases A.Sousa Mendes aurait-il pu se fonder pour dire que Hitler était un catholique ? Qui l'a jamais écrit ? Que nous dit l'histoire sur le sujet ? À quelle source Sousa Mendes aurait-il pû aller chercher une telle affirmation ?.

Hitler, ce démon qui n'était pas juif...Que disait-on d'Hitler en Juin 1940. Loin de nous de prétendre en brosser le portrait, de raconter sa vie, ni comment "ce démon" a pu en arriver là. Certainement le plus grand criminel de l'humanité. Et pourquoi les Communautés Juives préfèreraient - elles cette appelation : Ce démon qui n'était pas juif à celle formulée par nos journalistes portugais d'aujourd'hui: Hitler ce catholique ? Mais qui était donc HITLER ?

Catholique ? Y a-t-il un seul historien pour le dire ?

Juif ? . Si les historiens semblent être d'accord aujourd'hui pour rejeter l'hypothèse d'une ascendance juive...Il n'en a pas toujours été ainsi, et surtout dans le contexte de cette guerre qui a semé la douleur, les tortures et la mort. Compte tenu du contexte de l'époque, et d'un certain climat antisémite, on peut chercher à comprendre cette citation. En effet certains historiens s'interrogent. Hitler a-il des ascendants juifs. "On ne le saura jamais", nous disent ils. Mais la question a fait débat et permet de mieux comprendre la réponse de Sousa Mendes :(voir :Adolf Hitler
Il a été dit que le grand-père d'Adolf Hitler était Juif. Vrai ou Faux ? dans les historiens certains sont pour le vrai et d'autre pour le faux...

...Préciser : Que ce démon n'était pas Juif , c'était lever toutes les ambiguités, à un moment où il était dit que ce malheur qui s'abattait sur le monde était dû à un homme dont certains étaient tentés de dire qu'en agissant ainsi, il entendait renier cette ascendance juive qu'on lui prêtait...

"Au fondement même du projet nazi résidait l'aspiration à annuler, dans un même souffle haineux, le rôle considéré comme unique et cohérent du judaïsme et du christianisme: "un même bluff". Les nazis se voulaient explicitement des "barbares", pour revenir à l'état supposé des hommes "avant les religions". Des "hommes libres", ne "louchant plus sur l'au-delà" et qui "sentent que Dieu est en eux". Citation d'Adolf Hitler, dans ses entretiens avec Hermann Rauschning. ( Cité par B. Frappat "Affiche et offense" la Croix du 15/02/02)

"Hitler professe pour la religion chrétienne, jugée débilitante et veule, un mépris casqué, indifférent à toute argumentation. La logique voulait qu'il remonta du chrétien au juif, à qui l'on doit l'idée d'un Dieu de justice et de miséricorde, complètement
incompatible avec le principe d'inégalité, fondateur du racisme, dont la haine n'avait plus de fin que Dieu lui-même.

Aussi fallait-il que les juifs fussent exterminés jusqu'au dernier, et c'était le dernier qui devait mourir, car il suffisait d'un seul juif pour que les idoles fussent ridicules. Le crime contre l'Humanité a été en vérité une tentative de déicide ...il était suffisant, mais nécessaire, de supprimer le porteur de l'idée de Dieu pour que Dieu disparut en même temps. Mais ensuite serait venu le tour du chrétien...car il y a du juif dans le chrétien, quand il est vraiment chrétien..." Jean Claude Eslin dans :
"
<Les Nouveaux Chrétiens", N°67 1981-1982, p.7 (Cité par D.de La Maisonneuve dans "Le Judaïsme" p.47/48

 

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3 Le Schindler portugais

 

C'est Sandra qui n'accepte pas l'expression ! ( 10 fevrier 2004 )

J'ai eu l'occasion de remaquer à plusieurs reprises que cette expression: "Schindler português" est utilisée pour désigner Aristides de Sousa Mendes. Je ne comprends pas pourquoi, et je suis surprise que la mémoire cinéphile fonctionne mieux que la vérité historique et scientifique. Si en 1993, il n'y avait pas eu ce film sur Oskar Schindler qui se souviendrait de lui ?

L'histoire est une succession de faits dans le temps, et de cela personne ne doute:

1 - Les faits qui concernent Aristides de Sousa Mendes ont eu lieu entre 1939 et 1940, quand des milliers de juifs ont eu recours auaux services du consulat du Portugal de Bordeaux, pour obtenir des visas qui leur permettraient d'entrer au Portugal.

2 - Les faits qui concernent Oskar Schindler ont eu lieu entre 1940 et 1944, ils se situent dans une Pologne occupée par l'Allemagne. Durant cette periode Oskar Schindler obtint des ocupants l'autorisation d'utiliser pour son usine des travailleurs juifs, choisis dans les camps de concentration.

3 - Aristides de Sousa Mendes fut sévèrement chatié pour son acte de désobéissance aux directives du Gouvernement portuguais. Pour cette raison il fut exclu de la carrière diplomatique et ne fut réintégré, à titre posthume, qu'en 1987. Par son attitude, s'il n'est pas possible de dénombrer le nombre de visas délivrés... on a estimé qu'il y en avait plus de 25.000 et cela à des personnes qu'il ne connaissaien pas et échappèrent ainsi aux camps de concentration, cela grâce à l'action du «Cônsul injustiçado»

4 - Oskar Schindler quant à lui utilisa, dans «sa» fabrique da Pologne, des juifs de diverses nationalité, sans avoir à leur verser aucun salaire, et cela pendant cinq ans, cela sans avoir à craindre quelque réclamation que ce soit. Quand les Alliés se sont approchés des lieux où se trouvaient son usine, Schindler fabriqua les si célèbres listes ( il y en eut deux et non une), une manière pour lui de bénéficier de la bieveillance des Alliés. Dans ces listes on trouve 1.200 noms de personnes dont Schindler bénéficia.

Comme cela se voit facilement, les differences sont énormes et appeler Aristides de Sousa Mendes le "Schindler português" est selon mon opinion, une erreur "crasso" et je dirais même un affront. D'abord, parceque les faits qui concernent Aristides de Sousa Mendes ont eu lieu, alors que la II Guerre Mondiale en était à ses débuts, dans des conditions absolument incroyables, et à un moment bien antérieur à celui de Schindler. Ensuite il y a une question de nombre qui est incomparable.

Ce qui est d'autant plus incompréhensible, c'est qu'avant de connaitre l'existence de Oskar Schindler, Aristides de Sousa Mendes était déjà connu comme le «Wallenberg portuguais», désignation qui lui avait été attribuée parce que l'action du suisse Raoul Wallenberg, était déja connue. Une attitude assez semblable à celle d' Aristides de Sousa Mendes, mais à la Légation Suisse à Budapeste en 1944.

On a du mal à comprendre d'autant que l'action de Aristides de Sousa Mendes est plus ancienne que les deux autres, si bien qu'il serait plus normal de parler du "Aristides de Sousa Mendes allemand" ou du "Aristides de Sousa Mendes suisse". Porquoi cela ?

Sandra a parfaitement raison, mais le fond du problème est que l'action de Sousa Mendes n'a été connue au Portugal et à Bordeaux qu'en Juin 1987. Et ... si bien des fonctionnaires portugais, savaient, il ne leur était guère possible d'en faire état. Il avait désobéi à Salazar..! il avait fait passer les impératifs de sa conscience avant ses obligations de fonctionnaire...! Par ailleurs les milliers de personnes qui avaient été sauvées par Sousa Mendes ont longtemps ignoré de quel prix il avait payé sa désobéissance !..!

Sandra nous donne quelques liens qui justifient sa réactio et son étonnement:

Oskar Schindler
http://www.us-israel.org/jsource/biography/schindler.html
http://www.us-israel.org/jsource/Holocaust/Schindlerslist.html
http://www.oskarschindler.com /
Raoul Wallenberg
http://www.raoul-wallenberg.org.ar /
http://www.us-israel.org/jsource/biography/wallenberg.html 

4 La tragédie Juive en France

La tragédie juive de 1942 en France :

Ombres et lumière
POINT DE VUE de Serge Klarsfeld. L'orphelin, devenu chasseur de nazis,
enfant caché pendant la guerre, orphelin de père (mort à Auschwitz), Serge Klarsfeld, l'historien, l'archiviste, le chasseur de nazis, raconte son parcours et son travail de pionnier devant la justice.

- LE MONDE | 03.10.05 |

Un nombre important de Justes (environ 1 700) de France ont été individuellement honorés, et un dictionnaire (Dictionnaire des Justes de France, Fayard) vient d'exposer quel fut l'engagement de chacun d'entre eux pour sauver des vies juives. Il y eut certainement en France beaucoup plus de Justes que ceux que l'on reconnaîtra comme tels.

J'ai toujours affirmé que la quasi-totalité des juifs qui ont survécu dans notre pays ont bénéficié à un moment ou à un autre d'un acte de solidarité de la part de la population non juive. Individuellement toutefois, il faut insister là-dessus, les Justes n'auraient pu obtenir ce qui a été obtenu : c'est-à-dire la survie de trois quarts des juifs de France : 80 000 victimes (76 000 déportés, 3 000 morts dans les camps en France, un millier d'exécutés ou d'abattus sommairement) et 240 000 survivants ; statistiquement le moins terrible bilan de toutes les grandes communautés juives d'Europe.

Dès 1983, dans Vichy-Auschwitz, j'ai mis en lumière l'agent principal de cette survie: la réaction collective et spontanée de la majorité de ces Français qui ont exprimé leurs points de vue quand ils ont été confrontés en zone libre à l'arrestation de familles juives par la police française et à leur livraison aux Allemands en zone occupée pour être déportés.

Très peu ont approuvé; beaucoup ont critiqué ou condamné ces mesures prises dans un territoire où il n'y avait ni Gestapo ni troupes allemandes d'occupation. Leur influence sur le gouvernement de Vichy, maître toutpuissant de la vie de 300 000 juifs parfaitement recensés et facilement arrêtables, a été déterminante dans le bon sens.

Pour le constater, il est important de revenir sur l'enchaînement des événements qui ont conduit le régime de Vichy à s'associer à la criminelle"solution finale" et à se déshonorer à jamais. Il le faut afin de montrer comment la réaction de l'opinion publique en zone libre, là où elle pouvait s'exprimer avec moins de risques qu'en zone occupée, a entraîné d'exceptionnelles conséquences.

Le 6 mai 1942, à Paris, Reinhardt Heydrich, chef de la police du IIIe Reich,rencontre René Bousquet, chef de la police de Vichy. Il l'informe qu'il disposera de trains pour déporter, en 1942, 5 000 juifs internés en zone occupée. En réponse, Bousquet lui propose, pour la déportation, les juifs étrangers internés en zone libre.

Pour le constater, il est important de revenir sur l'enchaînement des événements qui ont conduit le régime de Vichy à s'associer à la criminelle "solution finale" et à se déshonorer  à jamais. Il le faut afin de montrer comment la réaction de l'opinion publique en zone libre, là où elle pouvait s'exprimer avec moins de risques qu'en zone occupée, a entraîné d'exceptionnelles conséquences.

Le 6 mai 1942, à Paris, Reinhardt Heydrich, chef de la police du IIIe Reich, rencontre René Bousquet, chef de la police de Vichy. Il l'informe qu'il disposera de trains pour déporter, en 1942, 5 000 juifs internés en zone occupée. En réponse, Bousquet lui propose, pour la déportation, les juifs étrangers internés en zone libre.

Cette ouverture inattendue est retenue par les Allemands, qui, à la demande de Bousquet, éliminent Louis Darquier de Pellepoix et sa police aux questions juives du rôle de rafleurs des juifs pour confier cette mission à la police nationale de Bousquet, jugée plus digne de leur confiance. Le 11 juillet 1942, à Berlin, la mise en oeuvre de la "solution finale" dans les pays de l'Ouest européen est programmée : rapidement est fixé pour la France un contingent de 40 000 juifs à déporter dans un premier temps. Le 16 juin, les chefs SS Karl Oberg et Helmut Knochen (ce dernier vient de mourir en Allemagne) obtiennent l'accord de Bousquet pour la livraison de 10 000 juifs étrangers en zone libre.

Cet accord va sceller le destin de ceux qui feront partie des 80 000 victimes : en effet, si la police française se prépare à arrêter les juifs en zone libre, comment le gouvernement français pourrait-il s'opposer aux mêmes persécutions en zone occupée ?

Pierre Laval n'a certainement pas été informé par Bousquet de ce scabreux accord policier du 16 juin puisque, au cours du conseil des ministres du 27 juin, il est noté : "Ce matin, visite de M. Bousquet qui a apporté un télégramme. M. Leguay [délégué de Bousquet en zone occupée] a été prié par le capitaine Dannecker [chef du service des affaires juives de la Gestapo] de venir le voir. Aux termes de l'accord on devrait interner 10 000 juifs en zone libre. M. Pierre Laval déclare qu'il n'a jamais donné aucun accord. Erreur fondamentale."

Mis au courant de cet accord sur lequel il ne revient pas, Laval proposera aux Allemands que les enfants des parents qui leur seront livrés de zone libre soient également déportés avec eux. Probablement ne veut-il pas qu'en ce pays où la famille est plus que jamais à l'honneur on l'accuse de séparer les uns des autres. Pour les enfants des juifs arrêtés en zone occupée, Laval déclarera à la Gestapo que c'est aux Allemands de décider de leur sort.

Entre-temps, Bousquet l'a poussé à accepter que les arrestations de juifs à Paris et en province soient opérées par la police française, qui arrêtera le nombre voulu de juifs à condition que ces juifs soient exclusivement des étrangers.

Le nombre voulu n'ayant pas été atteint, les autorités françaises insisteront pour le compléter en y joignant les enfants arrêtés, pourtant français pour la plupart, et en usant du même prétexte "humanitaire" que celui invoqué par Laval.

Rafle du Vélodrome d'Hiver à Paris, rafles en province de zone occupée, livraisons de milliers de juifs jusque-là internés dans les camps de Vichy en zone libre, la coopération policière est massive : entre le 17 juillet et le 26 août, jour de la grande rafle en zone libre ; soit en quarante jours, 19 000 juifs seront déportés de France, dont plus de 3 900 enfants.

Rendue optimiste par l'importance de ces livraisons, la Gestapo de Paris obtient de Berlin, le 28 août, la mise à disposition d'un train quotidien de déportation de 1 000 juifs pour la période allant du 15 septembre au 15 octobre.

La Gestapo sait, en effet, que Vichy est en mesure d'arrêter et de livrer des dizaines de milliers de juifs : partout les juifs sont recensés et sous le contrôle de l'administration préfectorale et des forces de police, qui feront ce que leur gouvernement leur ordonnera.

Le 26 août 1942, dans les 40 départements de la zone libre, s'effectue l'arrestation de milliers de juifs prévue pour atteindre le contingent promis aux Allemands de 10 000 têtes.

C'est en fonction de ce nombre de 10 000 à ne pas dépasser que des critères ont été établis par la police nationale, qui suit attentivement à Vichy les résultats de la rafle, laquelle se révèle décevante : de nombreux juifs visés par la rafle ont été prévenus et ont trouvé refuge chez des non-juifs compatissants.

L'opinion publique en zone libre admet difficilement que son gouvernement, son administration préfectorale et sa police remplissent à la demande des Allemands une mission aussi discutable, alors que le gouvernement Pétain-Laval dispose encore de l'Empire, de la flotte et de l'appui économique que la France apporte au IIIe Reich dans une collaboration où l'ordre règne sur tout le territoire à la satisfaction des Allemands, qui n'ont besoin que d'une faible couverture militaire et policière, concentrant leurs forces à leurs offensives à l'Est et en Libye.

Les Français ne sont pas seulement critiques du lâche comportement de leur gouvernement, ils sont sensibles aussi aux souffrances des victimes et ne se font pas d'illusions sur leur sort. Les victimes ne sont pas des adultes jeunes ou dans la force de l'âge, dont on peut croire qu'ils partent pour le travail forcé ; ce sont des parents, des vieillards, des enfants, des malades, des impotents transportés dans des conditions inhumaines, entassés dans des wagons à bestiaux et dirigés vers Drancy, camp de transit en vue de la déportation.

Les préfets répercutent immédiatement sur Laval les réactions défavorables de la population et des Eglises. Certains des prélats les plus influents, parce que pétainistes, ont pris parti contre ces mesures et, parmi eux, le plus en vue, le cardinal Gerlier, primat des Gaules, qui couvre le sauvetage à Lyon d'une centaine d'enfants juifs par les Amitiés chrétiennes.

L'effet sur Vichy de cette opposition soudaine et inattendue est immédiat : le 2 septembre, à Paris, Laval prévient les chefs SS qu'en raison de "la résistance sans pareille de la part de l'Eglise" il ne pourra remplir le programme qui vient de lui être communiqué par la Gestapo de 50 000 juifs pour 50 trains. Il remplira, déclare-t-il, le programme initialement demandé. Et, effectivement, le 11 novembre 1942, l'ultime convoi de l'année sera mis en route pour Auschwitz ; 41 000 juifs auront été déportés, dont 33 000 en onze semaines entre le 17 juillet et le 30 septembre.

Conscients des difficultés que rencontre Laval, les chefs SS (Knochen, Oberg, Herbert Martin Hagen) refuseront au service des affaires juives de la Gestapo d'exiger de la préfecture de police de très grandes rafles qui nécessitent l'accord du gouvernement de Vichy (à l'exception des rafles visant les juifs roumains et les juifs grecs).

Le 25 septembre, Knochen télexera à Adolf Eichmann un message extrêmement important où il lui fait savoir que Heinrich Himmler lui-même a admis qu'en raison de la situation politique et de la position de Pétain et de Laval la déportation des juifs français ne peut être envisagée pour l'instant et qu'en conséquence "il ne sera pas possible de faire évacuer des contingents élevés de juifs".

Certains historiens qui ne veulent pas prendre en considération le rôle collectif bienfaisant et efficace exercé par les Français auprès de leur gouvernement ont prétendu que les trains nécessaires à ces transports quotidiens n'étaient pas disponibles à l'automne 1942.

Aucun document ne confirme leur point de vue. Par contre, il suffit de lire une note du 16 septembre 1942 du diplomate chargé des questions juives à l'ambassade d'Allemagne à Paris, Carltheo Zeitschel, pour se rendre compte du désappointement allemand : "Il aurait été possible qu'un train par jour soit mis à disposition pour octobre, soit 31 trains ; malheureusement, le SD de Paris n'a pas pu profiter de cette complaisance, parce que les mesures françaises en zone non occupée - en particulier depuis les lettres pastorales bien connues et les sermons dits en différentes chaires, ainsi que l'ingérence de la représentation américaine à Paris et de la radio anglaise à Londres - n'ont plus été exécutées que de façon lamentable, de sorte que le nombre de juifs sur lequel on comptait primitivement n'est pas disponible."

Par ailleurs, il est évident que les trains ne manquent pas à l'Ouest en octobre 1942, puisque de Belgique furent déportés 4 365 juifs entre le 10 octobre et le 1er novembre et des Pays-Bas 12 919 juifs entre le 1er octobre et le 2 novembre.

Les réticences de Vichy, sermonné et surveillé par les Eglises et par la population, ne vont pas cesser d'agacer les autorités allemandes pendant le reste de l'Occupation.

Après l'invasion, en novembre 1942, de la zone libre, devenue zone sud pour les Français et zone nouvellement occupée pour les Allemands, Vichy n'y a plus donné de directives à ses forces de police pour arrêter les juifs en vue de leur déportation, à l'exception de deux opérations spéciales : la rafle de 800 juifs à Marseille en janvier 1943 et celle de 2 000 hommes juifs en février 1943 en représailles à un attentat antiallemand.

Désormais, les juifs ont été essentiellement arrêtés dans cette zone par les Allemands eux-mêmes et par leurs séides fran-çais dépendant directement de la Gestapo.

Quant aux opérations massives qui auraient pu être menées par la police française,telles l'arrestation des juifs dans la zone d'occupation italienne ou la dénaturalisation généralisée des juifs naturalisés après le 10 août 1927, elles ont été empêchées, l'une en raison de la protection accordée par les militaires et les diploma-tes italiens à ces juifs placés sous leur autorité, l'autre en raison de l'opposition de l'Eglise catholique officiellement communiquée à Pétain.

En outre, Vichy, constatant l'évolution de la situation militaire en défaveur des Allemands, a poursuivi sa ligne d'action antisémite xénophobe : les importantes rafles de février 1943 et de février 1944 à Paris ont visé, comme en juillet 1942, des cibles juives étrangères et "apatrides". Laval n'a lâché les juifs français qu'en janvier 1944, quand leur arrestation à Bordeaux fut opérée par la police française.

En conclusion, la tragédie juive en France, avec ses ombres et sa lumière, repose sur les données suivantes :

1. - Le gouvernement antisémite et xénophobe de Vichy ne voulait pas la déportation et la mise à mort des juifs. Il s'agissait d'un antisémitisme d'exclusion.

2. - Confronté aux demandes allemandes, dont le but final était clair, Vichy s'est rendu complice du IIIe Reich en arrêtant pendant l'été 1942 plus de 30 000 juifs étrangers et leurs enfants français et en les livrant à la Gestapo pour qu'ils soient déportés.

3. - Vichy aurait poursuivi sa coopération policière massive si la population française en zone libre et ses élites spirituelles ne l'avaient puissamment incité à freiner cette collaboration criminelle.

Par la suite, le sort des armes défavorable au IIIe Reich et la sympathie agissante de la majorité des Français en faveur des juifs persécutés ont maintenu Vichy dans le cadre d'une collaboration policière antijuive correspondant à la nature de son antisémitisme et non à celui fanatisé de la Gestapo.

Comptable de toutes les vies des citoyens français et des étrangers dont il avait la charge, le gouvernement de l'Etat français, en persécutant et en livrant aux nazis une partie des juifs vivant dans notre pays, s'est rendu coupable d'un crime dont il ne se relèvera jamais et qui à jamais restera gravé dans la mémoire collective des Français.

Serge Klarsfeld
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Cette vidéo clôt la série de 27 témoignages sur la Shoah, inaugurée en avril.

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