Témoignage de Ilja Dijour


.--------------------------------- (Agence mondiale des migrations juives)

New York, 19 mai 1960

à Mr Robert Magidoff
533 Elm Street
Ann Arbor, Michigan

Mon cher Robert,

Je sors de mon rôle et de mes habitudes pour vous proposer, à brûle-pourpoint, d’écrire un scénario pour un film. Vous trouverez ci-joint la correspondance échangée avec César Sousa Mendes, le neveu du défunt Consul de Portugal à Bordeaux à l’époque de l’effondrement de la France en 1940.

Descendant d’une ancienne et noble famille de marranes, le consul Mendes a désobéi aux ordres de son gouvernement et délivré gratuitement plus de 10.000 visas portugais à des réfugiés juifs. Ce faisant, il a non seulement sauvé ces 10.000 vies, mais ouvert la voie à un afflux massif de plusieurs milliers d’autres réfugiés de guerre vers Lisbonne.

Il l’a fait sous l’influence d’un jeune rabbin polonais venu de Bruxelles à Bordeaux avec sa femme et ses six filles. D’abord le consul Mendes a offert au rabbin l’hospitalité pour la nuit, sans quoi sa famille aurait dû dormir dans les rues. Mais durant cette nuit fatidique, les conversations entre le rabbin et le consul ont réveillé la conscience endormie d’un Juif dont les ancêtres avaient été convertis de force environ cinq cents ans plus tôt.

J’ai connu personnellement ces deux hommes, le rabbin et le consul. J’ai été un des témoins de la scène de masse décrite dans le passage ci-joint, extrait d’un livre écrit par un des fils de Mendes. Esther et moi avons été nous aussi parmi les bénérficiaires de ces visas portugais qui ont déterminé notre avenir.Pensez-y.

Dites-moi si cela vous inspire, comme cela a évidemment inspiré aussi bien Fred Zinneman que Robert Anderson. Dans l’affirmative, faites-le moi savoir et je préparerai davantage de documentation d’ici votre visite à New York au début de Juin.

 Votre Ilja Dijour