3 Avril 2006 - Le Juste de Bordeaux a été fait Citoyen d'Honneur du Département de la Gironde

  CE 3 Avril à 17 heures 15, après avoir déposé une gerbe de fleur au pied du monument du Juste de Bordeaux, le Conseil Général de la Gironde s'est réuni dans ses locaux tout proches, pour le vernissage de l'exposition qui lui est consacrée. Mr. Dias, Président du Comité a tout d'abord remercié le Conseil Général qui, à l'unanimité a déclaré A.Sousa Mendes "Citoyen d'honneur du Département". En suite de quoi Mr. Philippe Madrelle a félicité Mr.Dias de son dynamisme et de son action. "Je suis particulièrement heureux et fier de procéder avec vous à l'inauguration de cette exposition d'exception dont le caractère hautement symbolique a de quoi provoquer, en chacun de nous, des sentiments d'émotion et susciter un immense repect.

Nous avons, il y a quelques minutes déposé des gerbes de fleurs au Monument de la Résistance, en hommage au "Juste de Bordeaux". Il y a une semaine, dans l'hémicycle du Conseil Régional, lors de notre Assemblée plénière, nous avons solennellement fait Aristides de Sousa Mendes, citoyen d'honneur de la Gironde.

Aujourd'hui, dans la periode difficile que nous traversons, où nombre de repères se troublent, où l'actualité privilégie l'instantané, il est plus qu'indispensable de revendiquer le caractère exemplaire de la vie d'hommes et de femmes qui se sont battus pour la seule cause qui vaille: celle de l'humanité.

Aujourd'hui, c'est vrai, aprés les commémorations officielles que nous avons vécues, l'an passé, la Deuxième Guerre Mondiale, avec son cortège d'horreurs, de déportés, avec l'Holocauste et l'explosion des bombes atomiques à Hiroshima et Nagazaki, entre dans les livres d'histoire...

Il nous appartient avec vigueur de transmettre aux jeunes, aux générations montantes, les enseignements de cette terrible période de l'histoire du vingtième siècle, en refusant la stricte normalisation qu'imposent le temps ou le seul souvenir de dates vagues...

C'est pourquoi nous devons revendiquer le nom de celles et de ceux qui, en minorité, face à l'occupant , face à la soumission ou pire ont su, de manières diverses, dire NON !

 

ARISTIDES DE SOUSA MENDES fut de ceux-là et et nous avons eu la chance incroyable, à Bordeaux, d'avoir en lui, Consul du Portugal, ce JUSTE, cet humaniste, cet homme parmi les hommes qui refusa la fatalité du mal.

Il a voulu intensément lui opposer un destin individuel au service d'autrui, sa force sa lucidité et tout son courage au nom de la vie et du futur. Il a su contre l'autorité dictatoriale de son propre pays, au prix d'un sacrifice individuel que rien n'aura rebut&, pousser un cri de révolte dont les prmières notes étaien déjà un chant d'amour pour l'humanité.
  Aristides DE SOUSA MENDES voit le jour au sein d'une famille catholique portugaise, à la fin du dix-neuvième siècle. Au cœur d'une société marquée par l'autorité et l'honneur, il va être diplomé en droit, comme son frère jumeau César, à l'Université catholique de Coimbra.

C'est au moment où la République portugaise est proclamée en 1910, que les deux frères entrent dans la carrière diplomatique. Le beau et long parcours diplomatique de Aristides DE SOUSA MENDES le verra trés vite occuper des postes prestigieux de Consul de la Guyanne à Anvers, en passant par Zanzibar, Boston,San Francisco, Porto Alegre et Vigo.

C'est en août 1938 qu'il est nommé Consul Général du Portugal à Bordeaux, à l'heure où commence à entrer dans une periode de vive turbulence.

César, le frèred'Aristides, est ambassadeur en Pologne et vit de prés le drame qui est en train de prendre forme. Le Consul; à Bordeaux, se tient au courant de la situation et voit affluer dés la fin de 1939, alors que la guerre a éclaté, des réfugiés à Bordeaux, venant de la Pologne d'Autriche, d'Allemagne... et les demandes de visas affluent auprès des Consulats.

La suite nous la connaissons. Aristides de SOUSA MENDES va entrer dans l'histoire, en faisant de sa vie un exemple suprème...

Trés vite, il va désobéir aux ordres qui invitent le Consul à limiter l'entrée des réfugiés au Portugal, en particulier ceux qui sont pointés prioritairement du doigt : juifs, réfugiés politiques, apatrides. Contre les ordres iniques et injustes de mon gouvernement. Ce tournant dans son existence se précise lorsqu'il rencontre et accueille chez lui le Rabbin Chaim KRUGER et sa famille arrivant de Bruxelles.
Un refus catégorique du Ministère portugais d'accorder un visa à ses hôtes sera déterminant.
C'est alors qu'il fera cette déclaration au personnel du Consulat et à sa famille :
"Mon Gouvernement refuse les demandes de visas que je lui propose. J'ai actuellement le pouvoir et la possibilité de sauver des milliers de personnes venues de toute l'Europe et fuyant les troupes allemandes. Elles ont l'espoir de trouver asile au Portugal, ce sont des êtres humains et leur position sociale, leur origine, leurreligion ou leur couleur de peau, me sont totalement indifférentes ...Je suis chrétien et comme tel je crois que je n'ai pas le droit de laisser périr ces réfugiés, dont une grande partie sont des juifs. Aussi je décare, qu'à partir de cet instant, je donnerai gratuitement un visa à quiconque me le demande, contre les ordres iniques et injustes de mon gouvernement".

Cette décision là va permettre à Aristides deSOUSA MENDES de sauver des camps de la mort et de l'hydre nazie plus de 30 000 personnes, dont plus de 10.000 à des familles juives.

La réponse de SALAZAR et du pouvoir portugais ne tarde pas, dés le mois de juillet, le Consul sera l'objet d'une procédure disciplinaire. Aprés une parodie de procés, il sera dés l'automne 1940, rayé de la carrière diplomatique, condamné à recevoir de faibles revenus, à Lisbonne, avec sa famille, puisque interdit de toute activité professionnelle. Face aux épreuves, Angelina, la courageuse épouse du Consul ainsi déchu, décèdera, meurtrie, en 1948 et Aristides deSOUSA MENDES mourra en 1954 dans un modeste hopital, sans avoir obtenu une révision de sa condamnation. L'histoire aujourd'hui, a rendu justice à ce JUSTE parmi les JUSTES

  Et je voudrais, à cet instant de mon propos, remercier et féliciter avec amitié et respect, Manuel DIAS, Président du Comité National Français en hommage à Aristides DE SOUSA MENDES qui a œuvré pour faire fructifier la mémoire de cet homme d'exception, et qui est à l'origine de l'exposition nous réunissant aujourd'hui.

Alors c'est vra que, malgré les nombreuses commémorations, malgré les gestes forts, toutes ces dernières années, au Portugal, en France, en Gironde et ailleurs... malgré les livres et les hommages qui ont entouré son nom, il nous appartient, aujourd'hui encore, plus de cinquante ans aprés sa disparition, de revendiquer son exemplarité, celle du Juste de Bordeaux.

Puisse cette exposition être vue par de nombreux visiteurs dont nos jeunes - et je sais que Manuel Dias y veillera - puisse-t-elle témoigner que les êtres humains sont capables de nombreux dépassements quand ils ont, enracinés en eux, la foi en l'Homme.

Merci, infiniment, merci à Aristides de Sousa Mendes, d'avoir porté si haut la consigne de l'un de ses compatriotes; le grand écrivain portugais, Fernando Pessoa : "Ce que tu fais, fais-le suprêmement"